Des « Produits de terroir » au « Bien manger »

  

Peut-on partir du postulat « un produit de terroir est meilleur que les autres » pour rechercher la qualité dans les produits alimentaires ? Dans l’absolu, non ! Car rien, a priori, ne permet de justifier, par ce seul vocable, que les produits concernés respectent strictement des savoir-faire sains, goûteux et bénéfiques pour la santé. Pourtant… c’est exactement cette sensation qui prédomine aujourd’hui, née d’un imaginaire collectif selon lequel ce qui vient d’une campagne « préservée » donnée est nécessairement bon, par contraste avec la profusion alimentaire si caractéristique des milieux urbains et dans laquelle il est si difficile de s’y retrouver.

Nostalgie pour certains, sans doute. Quête d’un mieux vivre pour d’autres, sans doute aussi. Et plus globalement, désarroi face à la multitude des produits proposés dans laquelle on se perd sans cesse, et face aux produits issus de l’industrie alimentaire envers laquelle la perte de confiance est certaine. Pour autant, le terroir est-il un mythe ? Sûrement pas !

 

Quand l’industrie alimentaire s’empare des terroirs

La vague croissante de la recherche de « bons » produits résulte d’un ensemble de constats et événements qui ont rendu, nous consommateurs, très méfiants par rapport au commerce alimentaire, à la grande production agricole, à la transformation des produits… et qui nous laissent aussi interrogateurs sur les questions éthiques et environnementales.

  • Les scandales alimentaires et sanitaires qui se succèdent au fil des décennies,
  • l’exploitation des tout petits producteurs dans le monde,
  • l’indécence du niveau de vie de nos agriculteurs,
  • la dangerosité des pesticides pour la santé humaine,
  • la maltraitance animale,
  • la banalisation et l’appauvrissement biologique des paysages par des monocultures,
  • et plus globalement les effets sur l’environnement de certaines pratiques et de divers produits en agriculture intensive,

sont ces raisons essentielles auxquelles s’ajoutent des considérations plus « patriotiques » du « produit en France » fondé sur la nécessité de préserver nos économies locales, l’emploi et nos savoir-faire.

Réagir face à tout cela est totalement louable, rassurant pour l’avenir et devenu véritablement nécessaire face à l’hégémonie de grands groupes et financiers qui ont la mainmise sur toute la chaîne alimentaire. Sauf que ces acteurs-là s’adaptent avec vigueur et rapidité à tout changement de consommation pour garder le pouvoir sur les consommateurs. Les investissements colossaux qu’ils font pour nous laisser croire aujourd’hui qu’ils sont les chantres du bio, du bon, de l’éthique et des saveurs de terroir, à grand renfort de publicités bucoliques, d’interview de « petits » producteurs et de prétendus engagements « en faveur de la planète » en témoigne largement.

Du coup… les terroirs sont omniprésents dans les immenses étals, avec un langage aguichant, mais rien ne permet d’y faire plus confiance pour autant, même si dans l’ensemble des efforts sont réellement faits en direction des causes auxquelles nous désormais attachés. La difficulté tient au fait qu’à la pléthore de stratégies commerciales toujours plus sophistiquées s’ajoute une pléthore de mentions et labels qui ne facilite pas la maîtrise du choix pour le consommateur.

Les terroirs s’accommodent mal de la grande distribution

Tant que l’équation prix/qualité de produits ne sera pas résolue au niveau des producteurs comme des consommateurs, force est de constater que beaucoup de petites productions n’arriveront à subsister qu’en restant en partie sous le joug des intermédiaires et de la grande distribution. Nous, consommateurs, pouvons pourtant interférer grandement dans ce cercle infernal, et résoudre une grande partie des problèmes autour des produits alimentaires, essentiellement de deux manières :

  • en achetant local chez le producteur, le transformateur de premier rang, ou le regroupement coopératif,
  • en s’approvisionnant directement chez eux, à distance, via leur e-boutique et les moyens rapides et fiables des livraisons de produits frais ou fragiles.

Après tout, chacun n’est-il pas le mieux placé pour juger si les produits qu’il achète lui conviennent ou pas ? De ce jugement se fait très logiquement le tri entre bon grain et ivraie, surtout qu’à cet exercice chacun devient vite expert pour repérer si les produits proposés sont réellement authentiques, sains et de terroir. Tout « petit » acteur qui se lance dans la vente directe le sait parfaitement, et c’est peut-être la meilleure garantie pour trouver de bons produits, car toute défaillance et toute tentative de tromperie le voue implacablement à l’échec. Boulanger, éleveur bovin, arboriculteur fruitier, maraîcher, confiseur, charcutier, producteur de jus de fruits, ou de toute autre saveur soumet le fruit de son travail et de son éthique professionnelle au jugement direct du consommateur, et ce n’est pas rien puisque son activité même en dépend. Nous sommes là très loin de l’anonymat de la grande distribution… sauf au niveau du prix, car en achetant directement au producteur ce dernier peut appliquer des tarifs aussi intéressants qu’en grande surface, mais tout en vivant plus décemment !

Cinq labels et un mensonge pour aider un peu plus au choix

Parmi les gros mensonges liés aux stratégies commerciales des grands groupes « Élu produit de l’année » et « Reconnu saveur de l’année » sont sans aucun fondement ! Par contre…

L’appellation d’origine contrôlée (AOC), plus ancien label officiel, certifie une technique de fabrication et un terroir spécifique (caractéristiques géographiques, climatiques…) qui font la typicité du produit. L’appellation d’origine protégée (AOP) est son équivalent européen. L’indication géographique protégée (IGP), européenne, bien que moins exigeante que l’AOP, atteste le lien entre le produit et son territoire, et garantit son nom ­géographique dans toute l’Union européenne. La marque AB, agriculture biologique, est l’une des plus exigeantes et signale qu’au moins 95 % des ingrédients sont d’origine biologique, avec des pratiques contrôlées. La certification Spécificité traditionnelle garantie (STG) protège une composition ou un mode de production définis comme traditionnels, valorisant donc spécifiquement un savoir-faire mis en œuvre (indépendamment des ingrédients ou du lieu géographique. Quant au Label Rouge, il certifie que le producteur adhère à un groupement qui s’impose des règles de production contraignantes pour obtenir une qualité supérieure ; les conditions de production et les caractéristiques organoleptiques [couleur, goût…] font partie des critères évalués. Enfin, la mention Produit de montagne valorise les produits qui sont vraiment… de montagne !

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