À 90 printemps, Claude Le Roy peint encore comme on respire. Chaque toile prolonge une conversation commencée il y a bien longtemps, lorsque les oiseaux d’Oran traversaient le ciel de son enfance et venaient, sans qu’il en comprenne encore la raison, se poser dans son imaginaire. Aujourd’hui, près de neuf décennies plus tard, ces mêmes oiseaux n’ont jamais déserté son œuvre. Ils surgissent au détour d’un trait, d’une couleur ou d’une forme, témoins fidèles d’une mémoire que le temps n’a jamais réussi à disperser.
Chez cet artiste né en 1936 à Oran, d’un père français et d’une mère espagnole, peindre n’est ni un métier, ni même une vocation au sens où l’entendent les hommes pressés ; c’est une manière d’habiter le temps. Dans le calme de son atelier, il continue d’apposer la date au bas de ses toiles avec la même ferveur qu’à ses débuts. Le dernier tableau, achevé en juillet 2026, porte encore cette signature obstinée qui refuse de considérer la création comme un souvenir. Pour Claude Le Roy, elle demeure un présent.
Les oiseaux étaient déjà là lorsqu’il grandissait sur les rivages algériens, accompagnant les pêcheurs qui raccommodaient leurs filets ou animant les jardins baignés de lumière méditerranéenne. Bien avant les pinceaux, ils avaient élu domicile dans sa mémoire.
Rien pourtant ne destinait cet ancien douanier à devenir peintre. Après l’École des mousses, quelques métiers exercés au gré des circonstances, puis plus de trente années passées dans l’administration des douanes, la création semblait n’occuper qu’une place discrète. C’est pourtant en 1977, alors qu’il construit sa maison en Alsace, qu’une révélation s’impose avec la force tranquille des évidences. Une fresque murale, quelques couleurs déposées presque instinctivement, et la certitude qu’un langage sommeillait en lui depuis toujours. Aucun maître, aucune école, aucune méthode : seulement le désir de laisser la main aller plus vite que la pensée.
Ses premières œuvres, signées El Roy, attirent rapidement les regards. Une première exposition personnelle à Bâle, en 1983, ouvre un chemin inattendu. Très vite, Jean Dubuffet remarque cette peinture impossible à classer. Trente et une lettres seront échangées entre les deux hommes, aujourd’hui conservées à la Collection de l’Art Brut de Lausanne.
« Votre art est très personnel et très créatif », lui écrit le fondateur de l’Art Brut en 1982. Une reconnaissance…
Les séries Convections puis Pendulaires dessinent des réseaux d’arcs de cercle tracés à main levée, sans règle ni compas. Vient alors le moment le plus mystérieux de son travail : le choix des couleurs. Là où certains artistes décident, Claude Le Roy consulte un pendule. Non pour abandonner son œuvre au hasard, mais pour accueillir ce qu’il appelle volontiers « la surprise ». Chaque toile devient ainsi une découverte, jusque pour celui qui la peint.
Les musées et les collectionneurs ne s’y sont pas trompés. Ses œuvres ont rejoint les collections du Musée de la Création Franche de Bègles, de L’Art en Marche à Lapalisse, ainsi que de nombreuses collections privées à Paris, Chicago, Zurich, Genève ou Vaduz. Sa cote est désormais établie, mais cette reconnaissance semble glisser sur lui avec une élégante indifférence. L’essentiel demeure ailleurs : dans le plaisir intact de créer.
El Roy







Le Roy






elroy.97@orange.fr










