Certains regardent le monde et s’attachent à le représenter (les journalistes !). D’autres après l’avoir longuement observé, éprouvent le besoin de le déplacer. Philippe Vandoolaeghe appartient à cette seconde famille. Sous le nom d’Opsicron, il se construit depuis 1990 dans un univers mystérieux où le réel, à force d’être rêvé, finit par révéler un autre visage.

Tout avait commencé par la peinture à l’huile, après une formation qui lui avait d’abord appris le bois, la sculpture et l’architecture des volumes.
De cette expérience demeure une relation très physique à la matière, à la main, au geste. Puis les chemins se sont multipliés : peinture acrylique, poésie, recherches sur l’inconscient, fascination pour les mythes et, bientôt, élaboration d’un langage propre, une. Conversation à naitre avec les collectionneurs.

Au cœur de cette aventure apparaît le Mégarêvisme, dont le Manifeste d’un Mégarêviste (2000-2007) constitue la formulation essentielle. Ses tableaux font cohabiter créatures hybrides, paysages cosmiques, figures humaines métamorphosées, objets détournés et signes venus de temps immémoriaux.
La mythologie y rencontre la technologie, la naissance du monde dialogue avec le transhumanisme, tandis que l’homme semble parfois hésiter entre son origine biologique et ce qu’il pourrait devenir.

Cette œuvre est aussi une affaire de poésie. Le peintre refuse de tout expliquer, laissant au regardeur la possibilité d’entrer dans l’image par ses propres associations.
Les titres eux-mêmes participent à cette « trahison sémantique » qui fait vaciller les certitudes et oblige l’esprit à inventer ses propres correspondances. Le tableau cesse alors d’être une réponse : il devient une question.
Mais l’étrangeté d’Opsicron n’est jamais seulement intellectuelle. Elle passe par la matière. Sa technique d’exuviation par gélifraction consiste à peindre sur des matrices de verre, puis à détacher la fine peau picturale ainsi formée pour la transplanter sur la toile. L’œuvre change littéralement de peau.

Cette opération, qui exige patience et contact direct avec la matière, donne à la peinture une dimension presque organique : elle mue, se déplace, renaît. Opsicron est l’anagramme de Scorpion, animal auquel le manifeste associe transformation, protection, résilience et capacité d’adaptation. Le symbole résume assez bien une démarche qui ne cesse de chercher, dans les fractures du présent, une possibilité de recommencement.
À Saint-Georges-d’Orques, dans son laboratoire de création, Philippe Vandoolaeghe poursuit ainsi une recherche qui relie ses racines du Nord à la lumière du Midi. Ses œuvres récentes prolongent cette exploration, tandis que le projet du Codex Mégarêve rassemble l’odyssée picturale et poétique.
Chez Opsicron, celui qui regarde n’est d’ailleurs jamais tout à fait un spectateur. Il devient un Viateur, invité à traverser l’œuvre, à y poursuivre le rêve…
La peinture, ici, ne cherche pas à nous dire ce que le monde est. Elle nous rappelle à devenir.
vandoolaeghe@hotmail.fr










