À La Panne, en Belgique, il existe une Rue de l’Artiste. Rien que ce nom semble relever du roman, et pourtant c’est bien là, presque comme un signe discret du sort, que s’est dessinée l’enfance de William Roobrouck.
Né en 1977, il grandit entre Gand et La Panne, dans une famille où l’art n’était ni un métier ni un décor, mais une respiration naturelle. Sa mère, passionnée d’histoire de l’art, peignait des aquarelles avec cette patience des gestes anciens ; sa grand-mère travaillait la peinture à l’huile comme on entretient une fidélité silencieuse ; son père observait l’architecture avec la rigueur sensible de ceux qui savent que les lignes ont une âme ; et son grand-père, artiste du métal avant l’heure, possédait un atelier au bord de la mer, au numéro 6 de cette fameuse Rue de l’Artiste.


L’enfant y apprend à percer, souder, scier. Le métal n’est pas une matière froide : il devient un langage. Il y découvre aussi la terre, l’argile, la céramique, le dessin. À deux ans déjà, il modèle. Il façonne moins des objets qu’une manière de regarder le monde. Puis vient l’adolescence, ses détours nécessaires, ses distractions provisoires, cette illusion que l’on peut s’éloigner de soi. Mais certaines vocations savent attendre. À vingt-quatre ans, il revient à la création avec cette certitude tranquille de ceux qui ne choisissent pas vraiment : ils reconnaissent simplement leur place.
Aujourd’hui, William Roobrouck s’impose comme l’une des signatures fortes de la sculpture monumentale contemporaine en acier corten. Sous le nom de Williams Art & Design, il crée des œuvres où se mêlent formes, matière brute, feu, lumière et architecture. Son travail puise principalement son inspiration dans l’homme et dans la nature. Souvent, cela prend la forme de visages, de présences silencieuses, de silhouettes abstraites ou de lignes tendues vers le ciel.
Ses sculptures, dont les dimensions varient d’un à dix mètres, explorent la relation entre la matière, l’espace et l’environnement. Elles interrogent le vide autant que la présence, la verticalité autant que l’ancrage. Il ne s’agit jamais d’occuper un lieu, mais de dialoguer avec lui. Ses œuvres ne s’installent pas : elles habitent. Le choix de l’acier corten n’a rien d’anecdotique. Ce métal vivant, qui se patine avec le temps et prend cette teinte chaude presque minérale, permet à la sculpture de vieillir avec le paysage. Il rouille noblement, comme une pierre ou un arbre ancien. Il épouse les saisons. Il devient moins un matériau qu’une mémoire.


Du premier croquis jusqu’au dernier point de soudure, William réalise tout lui-même. Il dessine, pense, ajuste, façonne. Ses matériaux sont choisis avec exigence, travaillés avec précision, dans un rapport presque artisanal au temps. Il ne s’agit pas de produire, mais de construire des objets avec une âme.
Dans le prestigieux parc de Wisley, près de Londres, l’une de ses œuvres les plus marquantes illustre parfaitement cette philosophie. « Through Your Eyes » prend la forme d’une tête monumentale dans laquelle le visiteur peut littéralement entrer. Des ouvertures permettent de regarder le paysage à travers les yeux mêmes de la sculpture. L’œuvre devient expérience. Le spectateur cesse d’être extérieur : il participe.
Son admiration pour Bernard Venet n’est d’ailleurs pas anodine. Il retrouve chez le grand sculpteur français cette capacité rare à créer une émotion immense avec une apparente simplicité. Peu de lignes, peu d’effets, mais cette tension silencieuse qui donne au métal une respiration intérieure. Faire naître le fabuleux avec peu. Chercher la complexité dans la sobriété. Créer du frisson avec presque rien. Cette exigence se retrouve aussi dans sa manière de travailler avec les collectionneurs. Hôtels, domaines privés, sièges d’entreprise, parcs paysagers, lieux publics : chaque projet commence par une rencontre avec l’espace. Il observe, écoute, laisse parler le lieu avant de répondre. Il ne vend pas simplement une sculpture ; il cherche une justesse.


Ses œuvres vivent aujourd’hui en Belgique, en France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, à Londres, bientôt à Washington et Atlanta. À Knokke, sur la côte belge, certaines de ses pièces monumentales sont devenues des repères familiers. À proximité de Gand, dans le parc d’un château où plusieurs de ses sculptures demeurent exposées de manière quasi permanente, son univers reste accessible toute l’année. Là, entre arbres anciens et perspectives ouvertes, l’évidence s’impose : la sculpture semble avoir attendu cet endroit précis.
William Roobrouck participera à la 9e Biennale de Sculptures Monumentales Sculpt’en Sologne, labellisée Bourges 2028 ; Capitale Européenne de la Culture. L’événement se tiendra du 27 juin au 2 août au Château de la Verrerie, près d’Aubigny-sur-Nère, dans le Cher, au cœur d’un parc historique où forêt, étang et patrimoine dialoguent avec l’art contemporain.
Le végétal, le minéral, l’eau, l’animal, l’humain : tout ce qui compose la poésie silencieuse de son travail s’y retrouve naturellement. Dans cette scénographie à ciel ouvert, ses œuvres ne feront pas seulement partie du paysage : elles en prolongeront le souffle. Car il y a chez lui cette volonté constante d’intégrer l’art à la nature plutôt que de l’y imposer. Ses sculptures invitent à la contemplation, parfois à la méditation. Elles ne cherchent pas à impressionner mais à inscrire une présence durable, presque intime, dans l’espace. Et si certaines pièces monumentales appartiennent aux grands domaines, aux hôtels de prestige ou aux jardins d’exception, l’artiste développe également des éditions plus petites en bronze ou en acier corten, pensées pour des intérieurs, des patios, des entrées ou des jardins plus modestes. Des formats plus accessibles, mais avec la même exigence esthétique. Car l’élégance n’est jamais une question de taille, seulement de justesse.

Le reste ; la cote, la valeur, le marché vient après. Pourtant, ceux qui suivent son travail savent déjà qu’acquérir une œuvre signée William Roobrouck, c’est aussi miser sur une trajectoire qui ne cesse de grandir. Son nom circule désormais avec cette discrète évidence réservée aux artistes qui s’installent durablement.
De la Rue de l’Artiste à la conquête du monde, le parcours pourrait sembler romanesque.
Il est pourtant d’une grande fidélité : suivre la matière, écouter la nature et ne jamais trahir ce silence intérieur d’où naît toute œuvre véritable.










