Sculptures d’art… susciter l’émotion

Loin des œuvres académiques de l’histoire, où elles se devaient d’exprimer le pouvoir, la puissance, et le devoir de manière plus ou moins allégorique, ou d’inciter à la piété, les sculptures contemporaines ont acquis cette incroyable liberté de sonder l’immatériel et de susciter l’émotion. Émancipation de la mimèsis, et des effets par trop marqués de sensations et ressentis. C’est en particulier vrai avec les œuvres d’apparences figuratives, dont les plus fantastiques ont le pouvoir de laisser transparaître l’essence des maux et des sentiments dans le visage ou l’enveloppe corporelle : abstraction physique ou matérialisation des sens en mouvement ou les deux ! Surréalisme !

« L’art n’est pas la mesure de la réalité, mais sa décantation » — Alberto Giacometti  

Évoquer Alberto Giacometti pour parler de sculpture, c’est véritablement franchir la porte de la contemporanéité de cet art et de sa libération précédemment évoquée. Sculpteur contemporain le plus illustre du monde par ses œuvres filiformes, il est pourtant l’exemple même des doutes et des quêtes de tout artiste. L’oublie-t-on trop souvent, Giacometti fut peintre et sculpteur, qui a exploré de nombreuses manières d’exprimer ses émotions, les plus dramatiques en particulier. Cubisme, surréalisme, figuratif, miniatures, plâtres, toiles, bronzes… c’est seulement proche de la cinquantaine que l’artiste révèle avec force ce que nous connaissons le plus de lui, avec, en 1948, sa première exposition à New York, La Recherche de l’absolu, puis, en 1960, la sculpture la plus célèbre de toute son œuvre, Homme qui marche.

« Une sculpture n’est pas un objet, elle est une interrogation, une question, une réponse. Elle ne peut être ni finie, ni parfaite »  — A. Giacometti

Mais au-delà des créations, aujourd’hui inaccessibles à chacun d’entre nous, d’Alberto Giacometti, ce sont bien de multiples artistes talentueux qui suivent des voies semblables, mais personnelles, de doutes, d’essais et d’insatisfactions pour nous proposer, par la matérialité même des œuvres, l’immatériel qu’elles expriment avant tout : sentiments et émotions. À ce propos, n’en doutons pas, les expressions de la joie, de l’exaltation, de la paix ou du positivisme, telles qu’elles se vivent réellement en nous, sont aussi complexes à sublimer que celles de l’inquiétude, de l’incertitude, de la souffrance ou de la violence, même si, dans la culture française en particulier, ces dernières semblent plus nous toucher.

Question d’âme, de matière et d’esprit

Sans doute est-ce en maîtrisant l’âme de la matière que l’artiste est le plus à même de révéler la nôtre ! Pour traduire et transmettre les émotions recherchées et aller, bien au-delà encore, dans l’inénarrable, dans ce qui se ressent vigoureusement sans pouvoir s’exprimer.

L’artiste devient sculpteur d’émotions quand ses créations naissent elles-mêmes de l’émotion ! Ce peut être dans le choix du bois ou de la pierre, de son veinage ou de son grain ; ou dans les limites de la malléabilité de la terre ou du métal. En tout cas dans un moment fort où le lien presque charnel qui lie l’artiste à la matière s’offre par l’évidence au travers de chaque œuvre. 

Quand la sculpture résonne profondément en nous c’est qu’il y a conjoncture de toutes les âmes, non ? Celle du créateur, celle de celui qui l’observe ou la vit, celle de la matière qui la compose ; mais aussi celle du lieu qui l’accueille, car ce point est d’une grande importance pour laisser à l’œuvre tous ses pouvoirs.

« Une statue dans une chambre, et la chambre devient un temple » — Jean Genet 

C’est à propos de Giacometti que Jean-Genet écrit ces mots, mais tout ici est dit quant à la place d’une sculpture d’art dans nos espaces privés. C’est qu’entre art et philosophie, quand l’œuvre nous émeut vraiment, elle apporte à notre quotidien la part immatérielle de songes et de rêveries dont nous avons besoin. D’où l’importance de sa place, au jardin comme en intérieur, selon le cas. Doit-on parler de « mise en scène » ? Peut-être quand il s’agit d’une sculpture poétique et apaisée, d’un clin d’œil au quotidien ou d’un hymne à la vie et à la joie. De manière totalement insolite, posée là où on l’attend le moins. Ou au contraire inscrite dans le décor qui lui correspond par nature. Là est alors sa place. 

Mais pour une œuvre plus inscrite dans l’insondable de nos ressentis les plus marquants, souvent aux confins de nos peurs et douleurs, de nos colères et interrogations, il faut un cadre différent, spécifique même. Magistral, à la manière des temples égyptiens à laquelle semble implicitement faire allusion Jean Genet. Ou estompé à neutre, afin de laisser toute la place aux émotions. L’absence de cadre serait idéale d’ailleurs, et pour s’en approcher le plus possible il faut dématérialiser l’espace environnant. Cette approche « muséographique » de « l’objet » est une fabuleuse manière, alors, d’envisager une ultra personnalisation de notre cadre de vie et de l’ambiance de nos espaces vécus. Cela dépasse largement le cadre de « la déco » ! 

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